́ ‘i au Sénégal : Un appel a la réflexion sur nos stratégies d’appuie
Face à l’exode croissant de nos jeunes talents, la question n’est plus de savoir s’ils partiront, mais comment les retenir.
Dans notre précédent article, nous soulignions l’impérieuse nécessité de soutenir nos très petites entreprises (TPE), créatrices de richesses, pour freiner les départs massifs de nos compétences, talents et forces vives vers l’Occident. Migrer est un phénomène naturel, mais quitter son pays dans un élan de désespoir, en quête d’une vie meilleure ailleurs, est profondément désolant. Ce sont souvent des profils essentiels à la construction de notre nation qui partent, privant ainsi le Sénégal de ses forces les plus prometteuses.
L’une des stratégies adoptées par le Sénégal a été de mettre en place des systèmes d’appui direct, notamment axés sur le financement, pour répondre à deux besoins fondamentaux des jeunes : apprendre ou travailler. L’acquisition de compétences est essentielle pour renforcer les profils, mais il serait regrettable de la limiter aux jeunes et aux femmes moins jeunes, comme le suggèrent certains acteurs intervenant en marge des initiatives de l’État. La formation continue est, en effet, un levier clé pour améliorer la compétitivité des entreprises et s’adapter aux évolutions du marché. Quant au travail, qu’il s’agisse de salariat ou d’entrepreneuriat, il représente un véritable NEXUS où convergent les préoccupations de tous les acteurs économiques.
Cependant, aborder cette question exclusivement sous l’angle des jeunes peut créer des déséquilibres. Le terme « entrepreneuriat des jeunes » est souvent utilisé sans réaliser qu’il n’existe pas un écosystème exclusivement dédié à eux, où ils pourraient évoluer dans un cadre sécurisé et adapté. Même si l’État peut offrir des opportunités en ajustant les règles juridiques, fiscales ou commerciales pour réserver des parts de marché à la jeunesse, la solidité et la pertinence des acteurs économiques reposent aussi sur la flexibilité, la fluidité et la porosité du marché, malgré la nécessité d’un contrôle. Ce constat s’applique particulièrement au marché sénégalais.
À travers les initiatives liées à l’emploi, portées par l’État et ses partenaires, il est important de mettre en lumière certains projets, tels que ceux conduits par les Agences Régionales de Développement (ARD) dans le cadre du PAIJEF (Appui à l’insertion des jeunes formés), ou encore le PF2E (Programme Formation-Emploi). Ces initiatives sont pertinentes, mais il est parfois difficile pour certains acteurs de percevoir la stratégie convergente qui les sous-tend, si tant est qu’elle existe.
Pour une meilleure coordination et une utilisation rationnelle des ressources, il devient impératif de segmenter les acteurs, d’identifier ceux ayant une portée transversale et de renforcer leur rôle d’accompagnement tout au long du processus d’insertion des jeunes. Cette démarche permettrait non seulement de maximiser l’impact, mais aussi de mieux structurer les dispositifs d’accompagnement et de suivi au niveau local.
La gestion centralisée des initiatives de l’État était pertinente lorsque le Sénégal comptait 7 ou 8 millions d’habitants. Aujourd’hui, alors que nous frôlons les 20 millions, et que plus de 80 % de l’économie est concentrée sur la presqu’île du Cap-Vert, cette centralisation montre ses limites. L’État doit impliquer davantage les acteurs régionaux dans la gestion des ressources et des défis. Si la centralisation stratégique à Dakar peut être compréhensible, celle des décisions opérationnelles l’est beaucoup moins.
Si le Sénégal veut que ses jeunes bénéficient pleinement des initiatives d’appui à l’insertion, qu’il s’agisse de salariat ou d’entrepreneuriat, la stratégie ne doit pas se limiter à un soutien direct, en particulier financier. Il serait plus judicieux de créer des NEXUS régionaux de développement stratégique, où des ressources humaines et financières seront mobilisées et coordonnées. Ces pôles, construits autour d’acteurs publics et privés implantés dans ces régions, joueraient un rôle clé dans la concrétisation des actions de l’État.
Il est temps pour l’État de sortir de son schéma centralisé et de s’appuyer sur les acteurs régionaux pour réellement transformer les jeunes en moteurs de développement. L’État du Sénégal doit aussi être capable de suivre le coût que représente un jeune, de sa majorité jusqu’à son insertion, avant qu’il ne devienne un acteur productif dans notre système économique solidaire et participatif.
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